Article peu commun aujourd’hui sur le blog, puisque je vous livre une critique du livre Hideo Kojima – L’héritage de l’homo ludens paru en fin d’année chez Pix’n Love.

Deux auteurs face à une figure hors norme

Avec Hideo Kojima – L’héritage de l’homo ludens, paru chez Pix’n Love fin 2025, Tarak Chami et Rami Bououd s’attaquent à un nom devenu presque intouchable dans le jeu vidéo. Kojima n’est plus seulement un créateur : il est une figure médiatique, un symbole, parfois même une marque. Les deux auteurs, déjà familiers de l’écriture sur la culture vidéoludique, font ici le choix d’une biographie non officielle, pensée comme un récit accessible mais documenté.

Leur objectif n’est pas de livrer une analyse universitaire, ni de révéler des secrets inédits, mais de retracer un parcours et d’en comprendre la logique. Dans cette optique, le livre s’inscrit pleinement dans la ligne éditoriale de Pix’n Love : raconter l’histoire du jeu vidéo à hauteur d’homme, en mettant l’accent sur les trajectoires plutôt que sur la théorie pure.

Je l’ai toujours dit, qu’on aime ou non Kojima, il faut reconnaître que c’est une personne singulière dans le paysage vidéoludique, qui mérite qu’on s’attarde dessus, par exemple à travers ce genre d’ouvrage.

Raconter Kojima sans le figer

Le livre déroule de manière assez fluide les grandes étapes de la carrière de Hideo Kojima, depuis ses débuts chez Konami jusqu’à son émancipation avec Kojima Productions. Les épisodes les plus connus — Metal Gear, Metal Gear Solid, la rupture avec Konami, puis Death Stranding — sont bien sûr au centre du récit, mais l’ouvrage prend aussi le temps d’évoquer des projets plus anciens ou plus discrets, qui éclairent l’évolution de sa manière de créer.

L’un des points intéressants du livre tient à sa façon de replacer Kojima dans un contexte collectif. Loin du génie solitaire, on découvre un créateur entouré, influencé, parfois freiné, parfois porté par son environnement professionnel. Les témoignages intégrés au fil du texte renforcent cette approche et évitent que le récit ne se transforme en simple chronologie commentée.

Le jeu comme vision du monde

Le concept d’«Homo Ludens» sert ici de fil rouge. Sans entrer dans des développements théoriques lourds, les auteurs utilisent cette idée pour montrer comment Kojima conçoit le jeu comme un moyen d’expression à part entière. Le jeu vidéo devient alors un espace de narration, mais aussi de réflexion sur la société, la technologie ou les liens humains.

Cette lecture trouve un écho évident dans Death Stranding, longuement abordé comme une œuvre de rupture. Le livre insiste sur ce que le jeu représente dans la carrière de Kojima : une prise de risque, un projet clivant, mais aussi une déclaration d’intention. Sans chercher à convaincre à tout prix, les auteurs montrent comment ce titre résume une grande partie des obsessions créatives de Kojima.

C’est sans doute là que le livre peut laisser une impression mitigée. L’héritage de l’homo ludens adopte un regard clairement respectueux, parfois même admiratif. Les critiques adressées à Kojima — narration envahissante, gameplay parfois mis en retrait, fascination assumée pour le cinéma — sont évoquées, mais rarement creusées.

Le choix est compréhensible : le livre veut raconter plus que juger. Mais les lecteurs déjà très familiers de l’œuvre de Kojima pourront regretter l’absence d’un regard plus tranché, notamment sur la réception contrastée de certains jeux ou sur la place réelle de Kojima dans l’évolution du médium.

À titre de comparaison (et non comme source du livre), des ouvrages comme The Creative Gene, écrit par Kojima lui-même, proposent une approche plus introspective sur ses influences culturelles. Le livre de Pix’n Love reste, lui, davantage ancré dans le récit biographique que dans l’analyse personnelle ou critique.

Un bon point d’entrée, pas un point final

Visuellement et éditorialement, l’ouvrage est soigné, surtout dans son édition collector. Cette attention portée à l’objet renforce l’idée que l’on tient entre les mains un livre-hommage, pensé aussi comme une pièce de collection. Cela participe à son charme, même si cela accentue parfois le sentiment d’un portrait très respectueux de son sujet.

Hideo Kojima – L’héritage de l’homo ludens est un livre sérieux, lisible et bien documenté, qui remplit pleinement sa mission : permettre de comprendre comment Kojima est devenu l’une des figures centrales du jeu vidéo moderne. Il ne cherche pas à clore le débat, ni à proposer une analyse définitive, mais à offrir une synthèse solide et cohérente.

C’est un ouvrage idéal pour qui veut aller au-delà des jeux eux-mêmes et mieux saisir le parcours, les choix et les ruptures d’un créateur devenu incontournable. Ceux qui attendent une critique plus radicale ou un essai théorique resteront peut-être sur leur faim, mais ce n’est clairement pas la promesse du livre.

Hideo Kojima

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