Test réalisé sur PlayStation 5, après 8h de jeu, avec une version fournie par Untold Tales S.A..
J’ai testé Gloomy Eyes, un puzzle-game qui n’est pas sans rappeller l’univers de Tim Burton.
Gloomy Eyes, de la VR à la manette
L’idée de Gloomy Eyes prend ses racines dans un court-métrage d’animation et une expérience en réalité virtuelle co-produits par 3Dar et Atlas V, avec la collaboration d’ARTE France. Ce film produit en 2019, s’était fait remarquer dans divers festivals pour son style visuel sombre et poétique, rappelant l’univers de Tim Burton.
Par la suite, la décision a été prise de porter cet univers en jeu vidéo, afin de donner aux joueurs non seulement l’expérience visuelle mais aussi interactive de ce monde étrange.
Le studio belge Fishing Cactus, déjà connu pour ses titres indépendants mêlant narration et esthétique soignée, a piloté le développement en collaboration avec les partenaires originaux du film (Atlas V, 3Dar, Be Revolution Gaming, ARTE France) pour conserver l’esprit et l’ambiance artistique.
L’édition du jeu a été confiée à Untold Tales S.A. ainsi qu’à ARTE France, ce qui montre la volonté de la chaîne culturelle de développer son catalogue dans le jeu vidéo. Au fil de son annonce, le jeu a été attendu pour le 12 septembre 2025 sur plusieurs plateformes dont la PS5.
Tout l’enjeu de Gloomy Eyes était de réussir une adaptation fidèle, tout en ajoutant des mécaniques de jeu pour que ce ne soit pas juste une balade contemplative mais une aventure ludique.
L’histoire d’un amour improbable
L’univers de Gloomy Eyes repose sur un phénomène surnaturel : le soleil, las de l’humanité, a décidé de se retirer, plongeant le monde dans l’obscurité. Les zombies apparaissent alors, et le plus ancien d’entre eux est un garçon nommé Gloomy, dont les yeux brillent comme le soleil.
De l’autre côté, il y a Nena, une jeune fille humaine curieuse, déterminée à retrouver le soleil disparu afin de ramener chaleur, lumière et espoir.
Le récit met aussi en scène des humains fanatiques, dont l’un d’eux, l’oncle de Nena, appellé « Le Prêtre », qui voient les zombies comme une menace absolue et veulent les éliminer, même ceux qui sont moins dangereux ou qui n’ont pas perdu leur humanité. Ce mélange entre peur, tolérance et doute irrigue le scénario.
L’ambiance narrative est portée par un narrateur extérieur, le fossoyeur, qui nous introduit le destin de Gloomy (le zombie), son isolement, l’absence de proches à ses funérailles, etc.
Le ton oscille entre poésie sombre, moments de douceur et de doute, mais aussi violence ou menace palpable, sans tomber dans l’horreur extrême.
Un gameplay sympa mais pas innovant
Le gameplay de Gloomy Eyes combine aventure, plateforme légère et énigmes, dans un format solo avec un mécanisme présenté comme « self-coop » : le joueur peut alterner entre deux personnages, Gloomy et Nena, chacun avec des capacités complémentaires.
Gloomy est fort, capable de déplacer des objets lourds, de lancer des pavés, de forcer certains passages, mais il a une faiblesse importante : la lumière, qui lui est mortelle. Nena à l’inverse est plus agile — elle saute, grimpe, active des mécanismes, brave la lumière — mais si un zombie la voie et l’attrape, c’est la fin assurée.
Les énigmes reposent souvent sur cette dualité : créer ou détourner des sources lumineuses pour protéger ou bloquer Gloomy, ou au contraire utiliser la lumière pour neutraliser certains ennemis ou obstacles que seul Nena peut gérer. Il y a aussi des éléments d’infiltration : éviter les humains, des moments de déplacement silencieux, éviter d’être vu, etc.
Le jeu compte 14 chapitres, chacun légèrement plus ambitieux que le précédent en termes de structure, complexité des énigmes, et densité des obstacles.
Un aspect original est la vue en diorama ou «miniature» : les décors sont souvent contenus dans des scènes pré-fabriquées que l’on peut observer sous différents angles, parfois zoomer, pivoter, ou avoir une vue d’ensemble pour mieux planifier ses actions (en appuyant au préalable sur le touchpad).
On peut switcher instantanément entre Gloomy et Nena, ce qui rend le rythme assez fluide car on ne reste pas bloqué longtemps à cause d’une incapacité ou d’un obstacle propre à un des deux personnages.
Toutefois la caméra, bien que semi-fixe ou scriptée selon la disposition du niveau, n’est pas toujours optimale, ce qui peut gêner la lisibilité, surtout dans des niveaux plus denses ou très sombres (comme la fête forraine)
Le jeu propose aussi quelques collectibles (des souvenirs), des objets que l’on peut récupérer dans chaque niveau, qui invitent à rejouer les niveaux pour tout trouver. Enfin, la durée de vie est plutôt modeste : un joueur habitué mettra entre 3 à 5 heures pour une première partie (selon le style de jeu), mais il y a de la rejouabilité avec les secrets et la volonté d’explorer tous les recoins pour trouver le Fossoyeur; un autre « type » de collectible.
Gloomy Eyes, un jeu qui brille par sa D.A.
Visuellement, Gloomy Eyes joue beaucoup sur le contraste entre éclat et obscurité, lumière et ténèbres, ce qui convient très bien à son univers. Les décors sont inspirés d’un style gothique, avec des influences marquées de Tim Burton — freeform, courbes, silhouettes exagérées, textures qui donnent l’impression d’un monde un peu bricolé, artisanal, presque miniature.
Les niveaux souvent proposés sous forme de dioramas renforcent cette impression de maquette, de scène figée dont on explore les reliefs, les découpes et les effets de lumière — feux vacillants, ombres mouvantes, effets lumineux très soignés.
Les personnages principaux, Gloomy et Nena, sont stylisés : Gloomy avec ses traits de zombie enfantin (yeux grands, posture un peu maladroite), Nena vive et expressive, avec des animations qui accentuent son agitation, sa peur ou sa curiosité. Les monstres, humains fanatiques, zombies divers, sont suffisamment différents les uns des autres pour créer une ambiance variée sans que cela devienne grotesque ou trop dérangeant visuellement.
Au-delà de l’art du décor, l’éclairage est très travaillé : les sources de lumière ne sont pas que décoratives, elles jouent un rôle dans le gameplay, mais aussi dans la mise en scène, dans les effets d’atmosphère, les ombres portées, les textures qui ressortent selon l’angle de la lumière.
La palette de couleurs tend à rester dans les tonalités sombres, froides, bleutées ou grisâtres, avec des touches chaudes là où la lumière brille (lanternes, lampes, etc.), ce qui donne des moments visuellement très charmants.
Cependant, le jeu n’est pas exempt de défauts : la lisibilité dans certains niveaux très encombrés souffre. L’ombre excessive ou les contrastes faibles dans les zones sombres, surtout quand la caméra est mal placée, peuvent rendre difficile de discerner certains objets ou cheminement.
Une pépite indé qui fait du bien
Gloomy Eyes est une aventure réussie sur PS5 pour les amateurs d’atmosphère sombre, de poésie visuelle et de petites énigmes douces. Le mélange de narration, de dualité entre personnages, et de direction artistique très travaillée en fait une expérience qui charme avant tout par son univers. Toutefois, le gameplay, bien que bien conçu, ne cherche pas à révolutionner le genre : il se contente d’appliquer une formule efficace mais rapidement familière.
Points positifs :
- Une ambiance visuelle et artistique très forte, inspirée et immersive
- La complémentarité entre Gloomy et Nena rend l’interaction intéressante
- Les énigmes sont bien équilibrées : pas trop ardues, plutôt accessibles
- La narration du fossoyeur, apporte une profondeur émotionnelle
- Une direction artistique (lumière / ombre / diorama) très réussie
Points négatifs :
- La caméra semi-fixe ou scriptée pose parfois problème pour la lisibilité
- Le gameplay, après quelques niveaux, devient assez répétitif
- Durée de vie modeste pour les joueurs qui attendent plus de contenu
- Quelques collisions ou soucis techniques légers selon les plateformes
- J’aurai aimé une narration (fossoyeur) doublée en Français
