Test réalisé sur PlayStation 5, après 2h de jeu, avec une version fournie par Numskull Games.
The Day I Became a Bird — Il arrive parfois qu’un jeu vous prenne complètement par surprise, mais pas toujours dans le bon sens du terme.
Quand j’ai lancé The Day I Became a Bird sur ma PS5, j’avais en tête l’image d’une aventure narrative poétique, quelque chose d’intimiste et d’adulte, dans la veine des petites pépites indés (What Remains of Edith Finch par exemple) qui savent émouvoir sans condescendance. La réalité est tout autre : on se retrouve aux commandes de Frank, un gamin en école primaire qui tente de séduire Sylvia, une camarade de classe obsédée par les oiseaux. Le concept est mignon, certes. Mais clairement destiné à un public jeune, voire très jeune. Autant le dire franchement : si vous avez plus de douze ans et que vous cherchez une expérience narrative avec de la substance, vous risquez d’être déçue.
Le jeu est adapté d’un livre illustré de l’autrice française Ingrid Chabbert et de l’illustrateur Guridi, et ça se voit à chaque instant. L’univers visuel est celui d’un album jeunesse animé, avec des traits doux, des couleurs pastels et une mise en scène qui ne cherche jamais à bousculer. C’est joli, indéniablement. Le style graphique est cohérent et soigné, et on sent que l’équipe du studio Hyper Luminal Games a fait un vrai travail d’adaptation fidèle au matériau d’origine.
Mais voilà le problème : l’histoire ne va nulle part de surprenant. Frank veut attirer l’attention de Sylvia, donc il décide de se déguiser en oiseau. C’est à peu près tout. Il n’y a pas de retournement, pas de vraie profondeur émotionnelle pour un joueur adulte, pas de couche de lecture cachée. On avance, on ramasse quelques objets, on résoud des petits puzzles sans aucune difficulté, et le générique arrive avant même qu’on ait eu le temps de s’attacher aux personnages.
Et c’est là qu’on touche à l’autre gros point noir : la durée de vie. Comptez environ deux heures pour voir le bout du jeu, en allant tranquillement, sans se presser. Deux heures qui incluent le trophée platine, décroché sans effort, presque en ligne droite. Pour un jeu vendu autour de 20 euros, la pilule est difficile à avaler. On est loin du rapport qualité/durée qu’on est en droit d’attendre, même pour un titre narratif. Même pour un jeu destiné à un jeune public.
Toutefois, ce serait injuste de ne pas reconnaître ce que The Day I Became a Bird réussit bien : l’ambiance sonore est délicate, la musique accompagne joliment chaque moment, et pour un enfant de six ou huit ans, ce jeu pourrait être une très belle porte d’entrée vers le medium vidéoludique. La bienveillance de l’ensemble, l’absence totale de violence ou de pression, en font un outil pédagogique presque idéal pour les plus petits.
Mais pour nous, joueurs adultes attiré par la promesse d’une aventure poétique originale, le soufflé retombe très vite. On aurait aimé que le jeu prenne davantage de risques narratifs, qu’il glisse quelques thèmes plus universels dans son récit de premier amour. Il effleure la surface de quelque chose qui aurait pu être touchant pour tous les âges, mais il reste sagement dans les clous de son public cible.
The Day I Became a Bird n’est pas un mauvais jeu. C’est simplement un jeu qui ne s’adresse pas à tout le monde, moi le premier. Ma déception vient de là.