Aujourd’hui je vous propose la critique de L’Odyssée God of War – L’ère grecque : fureur et blockbuster, signé Nicolas Deneschau. J’avais d’ailleurs écrit une critique de son précédent livre, sur Hideo Kojima il y a quelques mois.
Un habitué de l’exercice face à un morceau de bravoure
Chez Third Éditions, Nicolas Deneschau n’en est pas à son coup d’essai. On lui doit déjà des ouvrages consacrés à Uncharted, Alone in the Dark, Monkey Island ou encore The Last of Us dans la collection « Décrypter les jeux ». Avec ce nouveau titre, il s’attaque cette fois à la collection « Sagas », pensé pour couvrir l’intégralité d’une franchise plutôt qu’un seul épisode.
Le choix éditorial est clair dès le sous-titre : ce sera l’ère grecque, et seulement elle. Exit donc le passage de Kratos en Scandinavie. Il ne sera pas non plus question du Ragnarök, Atreus, Odin, etc…
Cet ouvrage traite les six jeux qui ont construit le mythe « God of War » entre 2005 et 2013. Une décision qui a du sens tant cette période forme un tout cohérent, mais qui laisse aussi de côté toute la reconstruction du personnage opérée depuis 2018, pourtant indissociable de la façon dont on relit aujourd’hui ses débuts.
Six jeux mais une seule trajectoire
Le livre déroule logiquement le parcours de la saga : le God of War originel de 2005, qui pose les bases du carnage à la troisième personne sur PS2, puis Chains of Olympus et Ghost of Sparta, développés par Ready at Dawn (The Order 1886) sur PlayStation Portable, souvent traités comme des à-côtés alors qu’ils comblent des trous essentiels du récit.
Vient ensuite God of War II, qui referme la trilogie PS2 sur une trahison retentissante, avant le saut vers la PS3 avec God of War III, point culminant de la vengeance de Kratos contre l’Olympe. Ascension, sorti en 2013, ferme la marche en préquelle plus intime, entre rédemption manquée et premier essai (très mitigé et largement critiqué) du multijoueur.
Coulisses de développement obligent, l’ouvrage promet de s’attarder sur ce que représente, pour Santa Monica Studio, le passage d’une génération de consoles à l’autre en pleine construction d’une saga : contraintes techniques, ambitions revues à la hausse, pression du succès critique et commercial d’un épisode sur le suivant.
La violence comme sujet de réflexion
Là où le livre semble vouloir se distinguer d’une simple rétrospective, c’est dans son ambition de traiter la violence et les mythes comme de vrais objets de réflexion, plutôt que comme le simple argument marketing qui a longtemps collé à la saga. God of War a souvent été résumé, à tort ou à raison, à ses exécutions spectaculaires et ses QTE sanglants. Relire cette violence comme un choix de mise en scène au service d’un parcours de déicide, plutôt que comme une fin en soi, est une proposition de lecture plus ambitieuse que ce que le grand public retient généralement de la série. Personnellement à ce jour, je trouve qu’en termes de violences, God of War se place assez haut sur le podium. J’attends de voir la sortie de Wolverine dans deux semaines, lui aussi pour être un bon « candidat » sur ce terrain là.
Mais c’est aussi là que l’exercice peut montrer ses limites. Les ouvrages de la collection « Sagas » chez Third Éditions, comme la plupart des livres de ce type consacrés à des licences aimées, ont tendance à adopter un regard admiratif envers leur sujet. Rien d’anormal en soi (c’est toujours plus « facile » d’écrire sur un sujet apprécié), mais les lecteurs qui espèrent une remise en question franche de certains choix de design, du traitement parfois sommaire de la mythologie grecque au profit du spectacle, ou de la façon dont la saga a fini par s’essouffler créativement avant sa refonte scandinave, risquent de rester sur leur faim.
Le choix est compréhensible : un livre de 304 pages centré sur six jeux n’a pas vocation à trancher un débat, mais à donner des clés de lecture.
Un tombeau soigné pour l’ère grecque
Sur la forme, Third Éditions soigne comme toujours l’objet : au-delà de l’édition standard, une version First Print avec une couverture signée Pablo Cerisier, et une édition Prestige incluant un coffret illustré par France Mansiaux et plusieurs ex-libris. De quoi renforcer, une fois encore, l’idée d’un ouvrage pensé aussi comme pièce de collection pour les inconditionnels de la licence.
L’Odyssée God of War – L’ère grecque : fureur et blockbuster a toutes les qualités d’un bon point d’entrée pour qui veut redécouvrir la trilogie originelle avec plus de recul qu’un simple classement vidéo entre passionnés.



