Test réalisé sur PlayStation 5, après 15h de jeu, avec une version fournie par Lowbirth Games.
This Bed We Made est le premier jeu du studio québécois Lowbirth Games, un jeu d’aventure narrative et d’enquête sorti le 1er novembre 2023 sur PS5 et PC.
This Bed We Made : fouiner n’a jamais été aussi captivant
Lowbirth Games est composé seulement d’une quatorzaine de personnes. Pour un premier jeu, le pari était audacieux : proposer une aventure narrative d’enquête ancrée dans les années 50, avec une héroïne peu conventionnelle et une atmosphère soignée. Le studio se distingue par son dévouement à une narration diversifiée, et ça se ressent immédiatement dans la construction du récit et des personnages.
This Bed We Made est sorti le 1er novembre 2023 sur PC et PS5, et a rapidement trouvé son public grâce à un bouche-à-oreille enthousiaste sur les réseaux sociaux.
Le jeu s’inscrit dans la lignée des aventures narratives à choix multiples, quelque part entre les ambiances de L.A. Noire et Gone Home, avec une touche de polar façon roman de gare des années 50, et c’est exactement ce qui en fait le charme.
C’est à l’occasion de la sortie de l’extension Lost & Found, que j’ai eu l’opportunité de tester This Bed We Made. Cette extension est disponible uniquement sur Steam pour le moment et j’espère que le studio la proposera également sur PS5.
Sophie Roy, femme de chambre et espionne malgré elle
L’histoire se déroule dans un hôtel de Montréal dans les années cinquante, mettant en scène une femme de chambre un peu trop curieuse nommée Sophie Roy, qui se retrouve à devoir répondre à une convocation au poste de police. Le jeu nous plonge quelque temps avant cet interrogatoire, alors que Sophie s’affaire à nettoyer les chambres du 5e étage de l’hôtel Clarington.
Un client s’est fabriqué une chambre noire dans la salle de bain de sa chambre, laquelle contient des photos de Sophie en train de fouiner dans les biens personnels des clients. Le ton est donné : ce qui devait être une journée de travail ordinaire vire rapidement au thriller.
Sans rentrer dans les détails, l’histoire tisse habilement des fils narratifs entre les différents clients de l’hôtel, leurs secrets, leurs mensonges et leurs liaisons, dans une atmosphère de polar élégant et tendu. Les thèmes abordés comme la jalousie, la trahison, ou encore la double vie, sont traités avec une maturité inattendue pour un premier jeu.
L’art de fouiner avec style
This Bed We Made se joue à la troisième personne : un choix déjà surprenant pour un jeu indépendant de cette taille, les caméras à la première personne étant monnaie courante dans le genre. Le gameplay est de type point & click : on explore les chambres, on interagit avec les éléments du décor, on ouvre des tiroirs, on lit des documents. Simple sur le papier, mais redoutablement efficace dans l’exécution.
Ce qui différencie This Bed We Made d’un simple walking simulator, c’est la dualité permanente entre le travail et l’enquête. Sophie a une liste de tâches à accomplir dans chaque chambre : faire le lit, vider les poubelles, nettoyer la baignoire. Mais entre deux coups de chiffon, rien n’empêche d’ouvrir le tiroir de la commode, de lire la lettre froissée au fond de la corbeille ou d’examiner les médicaments posés sur la table de nuit. Le joueur doit constamment décider comment équilibrer ses obligations de femme de chambre avec son enquête. Et ce que l’on choisit de nettoyer (ou non) a des conséquences sur la suite.
Les puzzles sont concrets et variés. On retrouve par exemple un puzzle de note déchirée à reconstituer, un code secret à déchiffrer dans une chambre, un message caché derrière une grille de ventilation à décoder, ou encore une restauration électrique à effectuer sur tout l’étage. Ce ne sont pas des puzzles à la « The Witness » qui demandent des heures de réflexion abstraite. Ils sont ancrés dans la logique du décor et du récit, ce qui les rend immédiatement crédibles. On déchiffre un code parce qu’on a trouvé un indice dans une autre chambre. On force une serrure parce qu’un document aperçu plus tôt suggère qu’il y a quelque chose à cacher derrière.
Un journal est disponible en permanence, affichant la progression, la liste des personnages rencontrés et tous les indices collectés. Pratique pour ne pas se perdre sans pour autant simplifier l’expérience. Sophie pense à voix haute également, ce qui permet de savoir si on a loupé quelque chose d’important dans une pièce sans jamais se sentir pris en main.
Les choix portent sur des éléments en apparence anodins : à qui confier un secret parmi le personnel, quoi jeter ou garder, quand et où décider de fouiner davantage. Le jeu propose neuf fin différentes, dont six dépendent de vos compétences de détective et trois de vos compétences de femme de chambre. Autrement dit, même la façon dont vous faites votre travail compte. C’est ce niveau de cohérence entre la mécanique et la narration qui rend This Bed We Made vraiment singulier dans le paysage des jeux narratifs
Montréal, 1958 : une atmosphère au millimètre
La direction artistique est l’un des points forts de This Bed We Made. L’hôtel Clarington est reconstitué avec un soin du détail qui fait plaisir à voir : les moquettes à motifs géométriques, les téléphones à cadran rotatif, les tenues d’époque, la musique jazz en fond sonore. L’équipe de développement a réussi à créer une atmosphère des années 50 très captivante et bien rythmée.
Le cadre est volontairement resserré — Sophie n’est attitrée qu’au 5e étage de l’hôtel et ne peut accéder qu’à une mince poignée de chambres, pouvant occasionnellement se rendre au lobby et au sous-sol pour des tâches spécifiques à l’histoire. Ce choix de huis clos fonctionne parfaitement : la claustrophobie de l’espace renforce la tension narrative, et l’on finit par connaître chaque couloir, chaque détail de cet étage comme sa propre poche. La bande-son jazzy et feutrée colle parfaitement à l’ambiance, sans jamais s’imposer.
Conclusion
This Bed We Made est une belle surprise signée par un tout petit studio québécois qui a su faire beaucoup avec peu. Sophie Roy est une héroïne attachante, l’atmosphère des années 50 est reconstituée avec amour, et l’envie de fouiner dans chaque recoin de l’hôtel Clarington ne faiblit pas une seconde. Le gameplay reste volontairement simple, et la durée de vie modeste (entre 3 et 6 heures) pourra en refroidir certains (comptez plus si vous souhaitez obtenir toutes les fins et trophées sans guide).
Mais pour les amateurs de récits narratifs bien construits et d’enquêtes à l’ancienne, c’est une expérience qui marque.
Points positifs :
- Une atmosphère années 50 reconstituée avec soin
- Une héroïne attachante et originale
- L’écriture et les personnages secondaires bien développés
- La mécanique de fouille immersive et satisfaisante
- Les choix qui ont un réel impact sur l’histoire
Points négatifs :
- Durée de vie courte pour le jeu de base (3 à 6h)
- Gameplay volontairement rudimentaire, pas pour tout le monde













