Test réalisé sur PlayStation 5, après 20h de jeu, avec une version fournie par Raw Fury.
Aujourd’hui je vous livre mes impressions sur Rivage, un puzzle-game en vue subjective créé par le studio canadien Exnilo Studio.
Rivage, l’escale inattendue de Raw Fury
Rivage est une aventure de réflexion en vue subjective développée par Exnilo Studio, un jeune studio indépendant installé à Montréal. Composé de deux développeurs uniquement, le studio est encore un acteur discret sur la scène vidéoludique, mais qui a su séduire l’un des éditeurs indés les plus respectés du moment : le Suédois Raw Fury, à qui l’on doit notamment Kingdom, Sable, Norco, Cassette Beasts ou encore Blue Prince.
Dévoilé en décembre 2025, le jeu a ensuite été sélectionné pour le programme jeux du Tribeca Festival 2026, avant de proposer une démo d’environ une heure sur Steam depuis le printemps. Initialement attendu le 13 août, Rivage a finalement été repoussé au 22 septembre 2026 pour peaufiner l’expérience de jeu.
Cette démo (que je m’étais empressé d’essayer) a permis à de nombreux joueurs de goûter aux premières énigmes de la station A.R.E.S., mais une question restait en suspens : Rivage est-il capable de tenir la distance sur la durée ? Boucle temporelle, énigmes à foison et mystère spatial : la promesse est alléchante, reste à savoir si elle est tenue.
Réveil en orbite autour de VESTA
Nous sommes au XXVe siècle. Contrainte de s’étendre au-delà de son système solaire, l’humanité a découvert VESTA, une planète qui pourrait devenir son nouveau foyer. Pour l’étudier, la station de recherche A.R.E.S. a été placée en orbite, jusqu’à ce qu’un phénomène spatial inexplicable vienne tout dérégler.
Vous incarnez Miranda, qui se réveille seule à bord, sans équipage et sans réelle idée de ce qui s’est passé. Dans Rivage, le récit ne vous est jamais servi sur un plateau : il faut lire les journaux personnels, déchiffrer les messages chiffrés, examiner les objets abandonnés sur les postes de travail et recouper toutes ces informations pour reconstituer le puzzle. Chaque membre de l’équipage avait ses ambitions, ses peurs et sa vision des choses, et ce sont ces fragments de vies qui façonnent l’histoire de Rivage.
Le jeu joue davantage la carte du mystère que celle de l’épouvante (le titre est très teinté science-fiction), et cette narration au compte-gouttes donne envie d’avancer, ne serait-ce que pour connaître le fin mot de l’affaire. Sans en dévoiler davantage, sachez que chaque boucle apporte son lot de révélations, et que la station elle-même semble vous défier de comprendre ce qui l’a frappée.
Une boucle sans chronomètre
C’est le cœur de Rivage : un système d’énergie et de boucle qui rythme toute l’aventure. La station ne dispose que d’une réserve d’énergie limitée et lorsque celle-ci est épuisée, vous devez vous rendre dans la salle d’arcade et interagir avec la borne pour repartir du début.
Sur le papier, on pourrait craindre un jeu stressant, où chaque action est comptée… mais il n’en est rien. Ici, aucune pression : pas de compte à rebours oppressant, et vous avez tout le temps du monde pour observer, fouiller, réfléchir et tester vos idées. Il suffit que vous preniez le temps de comprendre, et cela change tout.
Cette liberté d’exploration est renforcée par le système K9, véritable mémoire de Miranda : il consigne les découvertes et conserve certaines solutions d’énigmes, ce qui évite de refaire inutilement les mêmes manipulations à chaque boucle.
Chaque cycle est ainsi une avancée, jamais un retour à la case départ. Seules deux ou trois énigmes font exception à la règle et vous obligeront à faire preuve d’un peu plus de rapidité ; rien de bien méchant, mais de quoi faire grimper légèrement l’adrénaline au milieu d’une aventure très posée. Une belle idée, donc, qui transforme un concept habituellement frustrant en mécanique confortable.
D’autant que chaque nouvelle partie est différente. En effet les mots de passes, codes, patterns sont toujours différents d’une partie à l’autre. Quand on sait qu’un trophée demande de terminer le jeu en 25 boucles ou moins, il faut être organisé.
Des énigmes qui font chauffer les neurones
Les casse-têtes de Rivage sont intimement liés à l’histoire et à l’environnement. Il s’agit de réparer des systèmes en panne, de réaligner des mécanismes déréglés ou de venir à bout d’obstacles qui jouent avec la gravité, le magnétisme et l’écoulement du temps. Rien n’est abstrait : chaque énigme s’intègre à la station, comme si celle-ci était un véritable lieu de travail et non un simple terrain de jeu.
La clé, c’est l’observation : il suffit souvent d’observer longuement un décor, de relire une note ou de recouper une information glanée plus tôt pour comprendre ce que le jeu attend de vous. Les indices se cachent dans les logs de l’équipage, dans un détail du décor ou dans l’enchaînement d’une manipulation, dans l’utilisation d’une application sur l’un des nombreux PC disséminés dans la station et la satisfaction est réelle lorsque le déclic survient.
Les énigmes sont intelligemment pensées et la difficulté plutôt bien dosée : on hésite, on tâtonne, mais on reste rarement bloqué très longtemps, du moins dans la trame principale. Le jeu ne vous prend pas par la main pour autant, et c’est tant mieux. Le principe de la boucle apporte en plus une vraie profondeur à ces défis, puisque ce que vous apprenez lors d’un cycle devient une arme précieuse pour le suivant.
En revanche, j’ai quand même trouvé que les énigmes pour récupérer les 7 cartes de tarot sont quant elles plus corsées. A l’heure ou j’écris ce test, il me reste 3 cartes à récupérer sachant que j’ai des indices que je n’ai pas utilisé mais sans savoir réellement où m’en servir.
Quand le curseur devient un cauchemar
Si tout n’est pas rose à bord de la station, c’est en grande partie à cause d’un défaut majeur : la navigation avec un curseur. Pour entrer des mots de passe, saisir des informations ou encore manipuler certains objets, il faut en effet déplacer un pointeur à l’écran à l’aide de la manette. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est ni précis, ni agréable.
Ces passages sont vraiment frustrants : le curseur manque de souplesse, on rate sa cible, on recommence, et le rythme de l’enquête s’en trouve brisé net. On devine une conception pensée pour la souris, difficilement transposable sur une DualSense, et l’immersion en prend un coup plus d’une fois.
Le plus agaçant, c’est que ces manipulations reviennent régulièrement au fil de l’aventure et qu’elles interviennent à des moments où l’on est pourtant pleinement impliqué dans la résolution d’une énigme. Le paradoxe est cruel : alors que le jeu vous laisse tout le temps de réfléchir, c’est l’interface qui vous met à l’épreuve.
Une gestion plus directe aurait fait un bien fou à l’expérience. C’est clairement le gros point noir du titre, et celui qui empêche Rivage de viser encore plus haut.
Une station où chaque recoin raconte quelque chose
Sur le plan visuel, Rivage propose un environnement en vue subjective d’un réalisme soigné, où presque tout est interactif. La station A.R.E.S. est truffée de détails : postes de travail encombrés, objets personnels laissés à l’abandon, machines à l’arrêt… chaque élément raconte quelque chose de la vie de l’équipage et de la catastrophe qui l’a frappé.
Les effets de lumière et de particules contribuent à installer une atmosphère pesante, entre solitude et fascination pour le cosmos, et les jeux de lumière sont particulièrement travaillés.
Côté ambiance sonore, la station n’est jamais tout à fait silencieuse : craquements, bourdonnements et nappes musicales discrètes accompagnent l’isolement de Miranda avec sobriété, et la partition sait se faire oublier pour mieux laisser respirer la tension.
Rivage ne cherche pas la démonstration technique à tout prix, mais plutôt une cohérence visuelle et sonore au service du mystère, et il y parvient. Bref, une direction artistique qui sait ce qu’elle veut !
Fouiller, lire, comprendre : le contenu qui s’ajoute à l’enquête
Le contenu annexe de Rivage se cache dans les détails. En plus de la trame principale, il est possible de fouiller les casiers, les bureaux et les terminaux pour mettre la main sur des informations supplémentaires qui enrichissent le passé des membres de l’équipage, leurs relations et leurs doutes.
Les plus curieux seront récompensés par une compréhension plus fine des événements, et l’envie de tout retourner n’est jamais très loin. On notera également la récupération optionnelle des cartes de tarot (au nombre de 7 au total) qui pimentent sincèrement le jeu.
Côté durée de vie, comptez une douzaine d’heures pour mener l’enquête à son terme, ce qui est plutôt généreux pour un jeu du genre.
L’aventure se vit uniquement en solo et hors ligne, sans multijoueur ni distraction. Rivage est une expérience tournée vers la réflexion et la découverte, qui laisse chacun avancer à son rythme.
Rivage vaut-il le détour ?
Rivage est une très belle surprise. Exnilo Studio signe une aventure de réflexion maîtrisée, portée par un scénario intrigant, une station foisonnante de détails et un système d’énergie et de boucle qui n’étouffe jamais le joueur.
Le système K9 évite les répétitions et rend l’ensemble agréable à parcourir, tandis que les énigmes, variées et bien dosées, procurent de vraies satisfactions.
Personnellement, j’ai passé un excellent moment à percer les secrets d’A.R.E.S., et l’envie de « juste une boucle de plus » revient très souvent ne serait-ce que pour essayer autre chose.
Seule ombre au tableau, mais de taille : la navigation au curseur, laborieuse à la manette pour saisir certains mots de passe ou manipuler des objets, qui gâche par moments le plaisir de la découverte. Sans ce défaut, le titre aurait pu prétendre à encore mieux. Toutefois vous auriez tort de vous freiner face à ces lacunes techniques.
Si vous aimez les énigmes, les mystères spatiaux et les histoires qui prennent le temps de se raconter, Rivage laissera une empreinte durable. Je suis personnellement de plus en plus friand de ce genre de jeu. J’avais d’ailleurs testé récemment Looking for Faël qui lui aussi était parfois bien retord.
Points positifs :
- Une ambiance de mystère prenante
- Un système d’énergie et de boucle sans aucune pression
- Le système K9 qui évite les répétitions
- Des énigmes variées jouant avec la gravité, le magnétisme et le temps
- Une station riche en détails et en récits
- Une durée de vie d’une douzaine d’heures
Points négatifs :
- La navigation au curseur (mots de passe, saisies, manipulation d’objets), laborieuse à la manette
- Deux ou trois énigmes vraiment plus tendues qui tranchent avec le reste












